jeudi 31 janvier 2019

La chambre verte

Une des plus belles " Beautés" de Louis 1er :
 Cornelia Vetterlein, baronne de Künsberg  par Stieler   1828

Munich du 26 au 31 Décembre 2018                  Dimanche : Schloss Nymphenburg



Pour notre dernier jour à Munich, nous décidons d'aller visiter le château de Nymphenburg, situé dans une banlieue un peu éloignée. C'est dimanche, et ce n'est pas difficile à trouver, il suffit de suivre le flot conséquent d'individus qui ont eu la même idée que nous...Le château est très joli, situé dans un énorme jardin...footing en perspective !

des cygnes, évidemment...photo Solvej

l'arrivée au château dans le brouillard  
 photo Solvej




Après les habituelles cohues, tickets, vestiaire, etc...il faut jouer des coudes, je me demande comment il n'y a pas plus de porcelaine par terre, vu qu'on fait la queue dans la boutique "souvenirs" qui regorge de mugs et autres tasses fragiles ( porcelaine " de Nymphenburg" ...en passant par Shangaï, vraisemblablement..) nous attaquons la visite du palais. Celle-ci sera assez rapide, car c'est beau, certes mais bon...rien de vraiment exceptionnel. Sauf peut-être la chambre où est né le fameux Ludwig, émouvant...



la chambre verte


Le plus spectaculaire, c'est le hall d'entrée, une splendeur baroque, une de plus :



le hall   photo Solvej
 Bien sûr, quantités de portraits d'ancêtres et de vues panoramiques du château aux diverses étapes de sa construction, mais c'est moyennement intéressant ( pour moi ). Par contre, j'adore la "Galerie des beautés", une idée de Louis 1er, qui avait fait exécuter les portraits de toutes les plus belles ( d'après lui ) femmes de son temps, y compris sa copine, la fameuse Lola Montès, Martine Carol dans l'inoubliable film de Max Ophuls. Ce n'est pas un grand moment pictural, comme ceux des jours précédents, mais sur le plan décoratif, c'est très réussi.



la Galerie des beautés

Le musée de porcelaines, comparé à celui de la Hofburg à Vienne, ( et à ce que j'ai vu au Bayerisches ) me semble anodin, bien qu'il y ait quelques très belles pièces :


le musée de porcelaines, un détail      photo Solvej

légumier avec citron remarquable      photo Solvej




















En revanche, le musée des carrosses est formidable ! On retrouve ici l'art incomparable des sculpteurs sur bois bavarois :

le carrosse d'or ( encore le cinéma ! )
 ( Jean Renoir cette fois )   photo Solvej

traineau avec grelots    photo Solvej






















Les traineaux sont extraordinaires, il y a même une animation sonore " grelots", on s'y croirait, et me revient une image ( toujours le cinéma ! ) du magnifique et crépusculaire " Ludwig" du grand Luchino ( Visconti)



Richard Wenig, Promenade nocturne 
en traineau de Louis II de Bavière

Il ne manque plus que la neige...

A côté ( enfin, à bien trois kms ! ) il ne faut pas manquer le jardin botanique, qui doit être sublime à la belle saison, et dont les serres ( pour l'hiver) sont absolument enchanteresses, surtout celle où l'on se promène au milieu de centaines de papillons en liberté.

                                               Et voilà, les papillons s'envolent vers Paris...

mercredi 30 janvier 2019

Le noir (Manet) et le rouge (Bacon)

J.C.Dahl, Le matin après la tempête  1819      photo Solvej

Munich du 26 au 31 Décembre 2018      Samedi : Neue Pinakothek, Pinakothek der Modern, Asam kirche




La Neue Pinakothek va fermer pour deux ans de travaux...à partir du 1er Janvier 2019 ! Voilà qui explique l'énorme queue qui serpente en ce matin glacé devant le bâtiment...et en plus c'est gratuit ! J'eusse préféré que ce fut payant, je l'avoue et ne pas faire le pied de grue une heure et demie dehors...Mais bon, nous sommes (enfin) dans le temple du romantisme, et moi, le romantisme, j'adore ça.Je me régale dans la belle salle du voyage en Grèce de Carl Rottmann, je m'enchante du naufragé consolé par son chien de J.C.Dahl ( pas allemand, mais bon) et il y a aussi de merveilleux Delacroix, Géricault, Courbet, Corot, 



 Delacroix, Clorinda sauve Olindo et Sophronia   1856

l'été de C.D. Friedrich,  et bien d'autres, enfin, grands plaisirs...Dans les premières salles, deux merveilles :



Goya,  Dinde plumée  1808/12

Goya, mon grand amour, ses portraits sont incomparables, mais j'aime qu'il soit ici représenté par cette magnifique volaille, on comprend que Manet l'aimait tellement ! Ce noir !




Gainsborough, Paysage avec berger et troupeau   1784
photo Solvej


et ce somptueux paysage de Gainsborough, qui illumine toute la salle " anglais" de sa splendeur. Dans les anglais, je ne résiste pas au sourire de  ce coquin canin ...


Lawrence, Les deux enfants du Ier comte de Talbot
 ( détail) 1793
         photo Solvej



Dans cet " Orsay" local, on voit aussi beaucoup de petits "tableaux de genre", dont certains sont très séduisants, comme ces deux-là :


Adolf Hölzel, Prières domestiques   1890

Georg Friedrich Kersting, Jeune femme
 cousant à la lumière d'une lampe   1828






















et également beaucoup de " grandes machines" très ennuyeuses, Von Marées, curieux celui-là, Feuerbach, beaux portraits, Thoma, beaux paysages, Menzel, j'aime toujours,   Böcklin dans ses délires de nymphes et on arrive aux impressionnistes, mais on est tellement gâtés chez nous que les quelques uns qui sont présentés ne m'impressionnent pas vraiment, c'est le cas de le dire. Degas, Renoir et Monet, le pont d'Argenteuil, il a fait beaucoup mieux, Cézanne ( de 1870 ) tellement maladroit que je me pose des questions...En revanche, là, je ne m'en pose aucune :



Manet,   Le déjeuner dans l'atelier     1868

Ah, cet emploi du noir pur chez Manet, quel génie ! et ces dégradés de gris... C'est magnifique. Je retournerais bien au poulet de Goya, mais c'est trop loin. Nous terminons avec Vincent, les tournesols, mouais, toujours pas convaincue, un beau paysage d'Arles, un Gauguin pas mal pour une fois, Les quatre bretonnes, un grand beau portrait blanc de Klimt qu'on avait vu à Vienne et un nymphéa du Claude, mais pas le meilleur.




Il reste du temps, direction la Pinakothek der Modern, beau ( et immense, toujours) bâtiment au plan " en rond" qui me laissera perplexe, un peu comme le parking de Roissy. Impossible de faire un quelconque circuit " dans l'ordre "...


Ce sera donc aléatoire. En haut du pharaonique escalier, une sorte de gigantesque méduse en plastique...
Oeuvre ...??    photo Solvej




bien que j'aie deux pages d'explications (en allemand)
 je n'ai pas réussi à trouver le nom de l'auteur !   
photo Solvej
...suivie d'une salle entière de " créations" diverses et variées, mais plutôt désopilantes

...j'imagine le travail pour faire la poussière, là-dedans...

surtout ce genre de truc   photo Solvej










et même un canapé qui brûle !   photo Solvej



















 ...suivie d'une autre salle dans le noir où il y a toutes sortes d'assemblages hétéroclites, vidéos, bruitages...bon, je ne m'ennuie pas, mais je me dis que ce musée va être très vite " fait " !




Erreur : on arrive enfin aux choses sérieuses. Alors, dans le désordre ( à cause du plan ! ) Twombly, Miro, Picasso, Jorn, Klee, Marc, Braque, Manguin, tout le monde est là, et  j'en oublie c'est sûr ( je n'ai retenu que mes préférés ). Une fois de plus, un superbe Kandinsky:



Kandinsky,  Improvisation-Rêverie 1913

splendide composition, d'un équilibre remarquable, et dynamisée par ce ballet de taches rouges

rouges aussi, la robe dans ce tableau de Munch*, et le tout petit carré de la maison derrière, une composition elle aussi pleine de mouvement ( toutes les courbes ) mais stabilisée par ces deux rouges

Munch, Rue de village en Aasgardstrand 1902




rouges encore, Hans Hoffman et Asger Jorn

Hans Hofmann, Paysage 1939

Asger Jorn, La parodontite des aigles 1958






Francis Bacon, Crucifixion triptyque 1965



Mais incontestablement, le grand choc de ce musée, pour moi, c'est la Crucifixion de Bacon, une oeuvre d'une puissance exceptionnelle, assez terrifiante ( je ne la mettrais pas dans mon salon ) mais lorsque l'on est devant, on est véritablement saisi à la gorge, par le tragique à la fois "baroque" compulsif des morceaux de chair, ce fond sanglant, et la glaçante géométrie du décor. J'ai lu que Bacon n'était pas religieux, sans doute ici il n'y a pas de résurrection possible, aussi tout le monde fait silence. Désespérant mais grandiose.



Prendre un tram et marcher jusqu'à la délicieuse Asam Kirche, une sorte de super pâtisserie rococo ( adeptes du minimalisme, passez votre chemin ) nous fera terminer la journée sur une note plus tendre.

Asam Kirche     photo Solvej


Et à propos de pâtisserie, une petite crème bavaroise chez Zum Durbräu pour finir en douceur !



délectable !     photo Solvej
* Il semblerait que j'aie un peu mélangé...et les cartes postales, et les souvenirs, car ce tableau de Munch est à la Neue Pinakothek, et non à la Pinakothek der Modern, comme je le croyais...errare humanum est !

mardi 29 janvier 2019

Arrêter ou continuer de peindre ?

Munich Residenz  Galerie des Ancêtres      photo Solvej

Munich du 26 au 31 Décembre 2018   Vendredi : Haus der Kunst, Residenz





C'est encore sous le charme d'une "Flûte " absolument enchanteresse, hier soir à l'opéra ( quel bonheur une mise en scène parfaitement BELLE, ça change oh combien agréablement des horreurs habituelles à Bastille) que nous retournons à la peinture, dans le grandiose musée Haus der Kunst, " La Maison de l'Art", un impressionnant bâtiment construit par Hitler pour abriter l'art allemand tel qu'il le concevait. D'inquiétants fantômes en croix gammées nous tournent autour, dès l'entrée. C'est glaçant.


Haus der Kunst  photo Solvej




Haus der Kunst , le hall  photo Solvej

















Les salles sont absolument gigantesques, cela commence par un énorme hall au milieu duquel trône une " oeuvre " qui irait bien chez Bernard Arnaud, puis une salle historique sur le lieu, bon, enfin une énorme exposition consacrée à un peintre dont je n'avais jamais entendu parler, ( pas d'à priori, comme ça ) Jörg Immendorff, intitulée " Für alle Lieben in der Welt  ", en gros : " pour tous les bien-aimés dans le monde ".

Et bien je te le dis tout net, Jörg, arrête de nous aimer comme ça !


Un des plus moches, et quel titre :
  "Camouflée par des arbres et des écorces,la brosse
du peintre devient une épée"   1999     
photo Solvej

Et si on arrêtait de fumer la moquette, Jörg ?  
 



Il y a au moins une dizaine d'immenses salles remplies d'immenses élucubrations plus horribles les unes que les autres,  au discours politico-abscons, au dessin pourri, à la composition maladroite, et d'une authentique, d'une véritable laideur...je suis accablée... En plus, j'ai l'impression que cet homme- là a passé son temps à se demander s'il devait continuer de peindre...mais la réponse était NON !!! il aurait dû arrêter tout de suite, au début, quand il s'est fait virer de l'école de peinture ( j'ai lu ça quelque part, car j'ai même fait l'effort de lire un peu les explications, pour essayer de comprendre).



Immendorff, La tentation de St Antoine 1985   photo Solvej


Un qui aurait dû continuer d'être peintre, même nul, parce que la peinture, même hideuse, ça ne fait de mal à personne,   c'est le commanditaire du lieu...


A l'étage, une autre expo qui va changer la face du monde, d'un certain Vivan Sundaran, tout un bordel qui prend la poussière, mais ça me paraît presque joli, après l'épreuve Immendorff.

Vivan Sundaran, Great indian bazaar    1997
(1300 cartes postales !)     photo Solvej
Dehors, un siège confortable pour se remettre de nos émotions :

Confortable ? pas sûr....mais design !    photo Solvej


et nous filons vers la Residenz, au moins là nous allons voir de belles choses, mais pas tous seuls, malheureusement. C'est un palais immense, à nouveau, un " trésor" somptueux, de magnifiques salles en style rococo, des tonnes de statues antiques, des centaines de portraits d'ancêtres. Et le ravissant théâtre Cuvilliés, un architecte français, cocorico ! qui nous replonge dans le souvenir du merveilleux spectacle d'hier soir.



Le théâtre Cuvilliés photo Solvej


La Flûte enchantée, mise en scène August Everding,
 décors et costumes Jurgen Rose


Stucs et Stuck

 

Ravissantes porcelaines...Bayerisches National Museum         photo Solvej



Munich du 26 au 31 Décembre 2018               Jeudi : Bayerisches National Museum, Villa Stuck




Nous avons rendez-vous avec de charmants amis qui habitent à Munich à 12h à la Villa Stuck, pas question d'être en retard. Aussi, sur le chemin, j'ai repéré le National Museum, dont j'ai remarqué une alléchante affiche en ville. Et puis, j'adore les musées " de folklore", ça change un peu.

Quelle bonne idée ! Nous y sommes à l'ouverture, mais je comprends bien vite que nous ne pourrons jamais voir tout ! Nous nous égarons dès l'entrée dans des dédales de sculptures, retables et autres splendeurs moyenâgeuses ...ce n'est pas forcément mon principal centre d'intérêt, mais tout est si beau, et il n'y a que nous, je suis immédiatement séduite par la magie de l'endroit.

Comme je n'y connais rien, je ne vais pas épiloguer sur les mérites respectifs de telle ou telle oeuvre, juste vous montrer un petit aperçu :


Superbe retable, pourquoi n'ai je pas le nom du peintre ?
grrrr...     photo Solvej

Admirons la finesse des détails   photo Solvej


Le "disciple qu'Il aimait ", n'est-ce pas bouleversant ?   photo Solvej
Mais je n'avais rien vu ! Armures, maquettes, tout est superbe et passionnant. Et alors, lorsqu'on arrive à la période baroque, ce ne sont que  merveilles...Il est vrai que la Bavière possède une grande tradition de sculpture sur bois, et on positivement ébloui :

Un Christ " en cinquième" !  photo Solvej

Pour le jour des Rameaux   photo Solvej





















La virtuosité de ces artistes est incroyable, et je n'ai même pas pensé à noter leurs noms, honte à moi !


Et les expressions des visages... photo Solvej

Quelle beauté, ce drapé !   photo Solvej




















Celle-là, c'est ma préférée... photo Solvej

A moins que ce ne soit celle-ci  photo Solvej




















Porcelaines, ferronneries, instruments de musique, costumes, absolument tout est digne d'intérêt, il faudrait avoir le temps de regarder tout avec attention...et je ne parle pas d'une immense salle entièrement remplie d'exquises et minuscules sculptures en ivoire ( il paraît que " c'est très facile à sculpter, comme matériau, ha !! )

Pour la vitrine de ma tante Madeleine photo Solvej


Après trois étages de merveilles, c'est au pas de course, hélas, que nous faisons le tour des sublimes crèches, à faire pâlir de jalousie les napolitains !

Magique !   photo Solvej

Magique bis !   photo Solvej

En somme, un musée à ne surtout pas rater si vous passez par Munich.



La villa Stuck, c'est tout le contraire : une petite ( tout est relatif ) maison entièrement décorée par un seul homme, le peintre Franz von Stuck, et c'est également un énorme plaisir de s'immerger dans ce genre de "Bloomsbury" germanique.


Le salon de musique    photo Solvej

                                               L'ambiance est très particulière, sombre dans la plupart des pièces, claire dans d'autres pour mettre en valeur ses collections de bronzes antiques, un savant mélange de culture hellénistique et d'ésotérisme , dans un style résolument " Sécession/ presque Art déco "dont le charme est indéniable. Et puis, ce Stuck n'était pas  si mauvais :

Franz von Stuck,  Sa fille Mary von Stuck
 ca 1920       
 photo Solvej

Donc, encore un endroit très recommendable !
Pour finir sur une note légère, un tableau qui me fait hurler de rire :


Franz von Stuck, Bascule 1898