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vendredi 18 septembre 2026

Bonne élève

  

Gonzalès, L'alcôve  1878    Collection  particulière


Exposition "Eva Gonzalès, Parcours d'une artiste libre " Petit Palais


                                    

                                              La phrase qui revient le plus souvent dans cette exposition c'est : 
 " Eva Gonzalès a été la seule élève de Manet ".  


Seule élève , oui évidemment Manet avait tout de suite compris qu'il n'avait rien à apprendre à Berthe Morisot ...(et puis elle l'intéressait à d'autres titres, hé hé ! )

Seule élève, et en effet l'influence de Manet est très présente dans ce que l'on voit :


Manet, Anguille et rouget  1864   Orsay 

Gonzalès, Poissons et moules  1880  
Collection particulière















mais je ne suis pas sûre que la comparaison tourne à l'avantage d'Eva. Le trait est un peu mou, tu lui as pas dit de construire un peu plus ses sujets, Edouard ?

C'est pareil dans les portraits, il y a comme une timidité ( " féminine " ? ) :



Gonzalès, Jeune fille aux cerises  
1875     Art Institut  Chicago

Manet, Portrait d'Eva Gonzalès
non daté     Collection particulière






















Le trait est un peu incertain, on se demande si elle n'a pas peur de s'affirmer. Quand on voit le portrait au pastel que Manet a fait d'elle, flou, sans doute, mais quelle force, quelle sensibilité !




Manet, Portrait de Marguerite de Conflans
1876         Musée des Augustins Toulouse


Et c'est pareil dans celui-ci, enlevé mais aucune approximation dans le dessin, alors que souvent chez la dame...


Gonzalès, La matinée rose ( la nichée )
 1873                  Orsay

...y a des trucs bizarres ! Le bas de la robe, on dirait un éventail géant en plumes d'autruche, où sont ses jambes, et elle est drôlement assise. Quand on pense que ce tableau a été reçu au Salon de 1874 et pas celui-là :


Gonzalès, Une loge au théâtre des Italiens  1874    Orsay



 on se pose des questions sur le Jury, parce que celui-là, il est vraiment tout à fait réussi. Les personnages, le bouquet dans le coin, le rideau, avec mon mauvais esprit je dirais que le raccourci du bras avec les jumelles...mais bon, ne chipotons pas.     J'aime !



Morisot, Au bal 1875
Musée Marmottan Monet


Mais évidemment j'aime encore plus la belle de la Berthe !


En somme, voilà une superbe exposition consacrée à une artiste très inégale, qui malheureusement est morte trop jeune, peut-être que si elle avait vécu plus longtemps elle se serait libérée de l'influence de Manet comme elle avait oublié les leçons de Chaplin (pas complètement, elle avait gardé le "joli" )

Une "artiste libre ", le titre de l'expo, pas sûr ?


Gonzalès, Portrait de Jeanne 1874
Collection particulière

Gonzalès, La promeneuse 1876
Dixon Gallery















 





Les artistes femmes sont très à la mode, bientôt on va avoir Mary Cassatt à Orsay, et c'est tant mieux dans un sens car nombreuses sont celles, dans l'histoire de la peinture, qui avaient autant, sinon plus, de talent que leurs confrères, mais que la société mâle dominante s'est bien gardée de valoriser,  pour ne citer qu'au 16ème siècle Sofonisba Anguissola,  Lavinia Fontana,  au 17ème  Artemisia Gentileschi, Rachel Ruysch, Judith Leyster,  au 18ème Elisabeth Vigée-Lebrun, Adélaïde Labille-Guiard, Rosalba Carriera, Angelica Kauffman et beaucoup d'autres depuis , mais le talent n'est pas question de sexe, et il faut appréhender l'oeuvre en elle-même, indépendamment de l'auteur.


Manet, Portrait d'Eva Gonzalès 1870
National Gallery Londres

                                
                                            Il n'a pas pu s'empêcher de mettre une pivoine !

 
Toutes les photos © Solvej

vendredi 14 novembre 2025

Madame X et Mmes Y Z A B C D...etc


  Les filles d'Edward Darley Boit, détail   1882      MFA Boston 


John Singer Sargent    Eblouir Paris      Musée d'Orsay

Antiquités grecques          Louvre


 Je le dis ici solennellement : c'est la dernière fois que je vais voir une expo à Orsay tant qu'ils n'auront pas changé leur politique  et contingenté vraiment le nombre de visiteurs ( en faisant des "séances" de visite d'une heure par exemple) au lieu de faire semblant comme ils le font. D'accord, on fait la queue devant "L'atelier du peintre" de Courbet, c'est une consolation. Mais une fois à l'intérieur c'est un supplice d'essayer sans répit d'apercevoir les oeuvres entre les gens, ambiance métro ( à toute heure maintenant hélas )  bouchons devant les panneaux explicatifs, des groupes avec guide en plus, enfin c'est infernal.

Et puis, moi qui ADORE les aquarelles de Sargent, il n'y en a aucune ! Bon, alors sa peinture...

J'ai mis en ouverture le magnifique portrait des quatre petites filles, impossible naturellement de le photographier complètement, mais c'est vraiment mon préféré, cette composition avec ces deux triangles, le rouge ( qu'est-ce que c'est ? Un rideau ? Peu importe) et le vert du tapis, et le fond mystérieux et les deux potiches géantes, c'est vraiment très fort.

Fort, suprêmement habile, il l'est, incontestablement. Oserai-je dire qu'il l'est presque trop ? cette virtuosité  revendiquée finit par lasser, en fin de compte.

 Répétition de l'orchestre Pasdeloup
au Cirque d'Hiver,  1879/80
MFA Boston

 Etude de buste à Lille, 1877
Coll p












Quand on voit ses oeuvres "de jeunesse ", on se rend compte que le titre de l'expo est bien choisi. Il a 21/22 ans quand il peint cela, sous la férule  de Carolus-Duran.

Dont il va d'ailleurs s'affranchir rapidement, en découvrant l'impressionnisme, qu' il va toujours aussi brillamment adopter : 


 Coucher de soleil sur l'Atlantique,
 1876/78    Coll p

  Ramón Subercaseaux en gondole, 1880
DGG Memphis








tout en conservant une manière fin de siècle qui ne manque pas d'un certain charme :


  Intérieur vénitien, 1880/82         CMA Pittsburgh

et puis il y a toujours des fulgurances ( le rayon de soleil) pour lesquelles il lui sera beaucoup pardonné.

Et alors la fameuse Madame X ? L'exposition s'attarde beaucoup sur le scandale, les tenants et aboutissants de ce célèbre portrait, dessins préparatoires, etc, c'est vrai qu'il est très beau :


Madame X , 1884      MET New-York


mais je me demande si je ne préfère pas sa réplique inachevée :

 Réplique inachevée de Madame X
1884       Tate Londres

 Etude pour Mme Gautreau, 1883/84











et surtout cet autre portrait d'une qui est moins belle mais tellement expressive :


 Portrait de Mme Hary Vane
Milbank, 1883/84    Coll p

Très impressionnant aussi le portrait du Docteur avec sa magnifique harmonie de rouges

Le docteur Pozzi chez lui,  1881
Los Angeles


et l'épatante soirée en rouge, aussi :

 Le verre de porto, 1884     FAM San Francisco

  The birthday party (détail), 1885
 MIA Minneapolis









J'aime beaucoup la "coupe" sur le convive de droite.  Et sur les verres, il est vraiment bon, regardez cette carafe en trois coups de pinceau !


  La table sous la tonnelle,
dit aussi les verres de vin,  1875
NG Londres


En conclusion, je reste partagée :   trop de talent tue le talent, parfois.

Un petit tour au cinquième étage chez nos chers impressionnistes remet les pendules à l'heure, et on se rend compte que l'éblouissant Sargent éblouit le public, certes...

Manet, Vase de pivoines
sur un piédestal  1864 



Renoir, Jeune femme à la voilette 1870



Morisot, La chasse aux papillons 1874

...mais pas autant que ces trois là ! ( et je ne parle pas du Claude ).

Pour rivaliser avec Madame X, une très belle grecque mycénienne :

 

6 ème siècle avant JC
Terre cuite
corinthienne ou de Béotie
                                                                     

  

En effet après l'Egypte et ses bandelettes, nous avons emmené le jeune homme voir les antiquités grecques au Louvre. La Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace l'ont laissé de marbre 🤭 et moins emballé que les dieux et héros de la mythologie qu'il connait par coeur, un coup d'oeil sur LA fenêtre du casse des bijoux de la couronne l'a ravi, ( et il l'a longuement étudié 🕵️‍♂️ ) quant aux escaliers ils ont eu raison de notre enthousiasme à nous. Mais c'est vraiment beau....

toutes les photos ©Solvej

mercredi 28 août 2024

Paresseuse...

Berthe Morisot, La plage de Nice 1882 aquarelle sur papier NM Stockholm



Musée Villa Les Camélias   Cap d'Ail : Collection Ramiro Arrue  Exposition Mitchell Johnson "La révélation de Meyreuil"

Musée des Beaux-Arts  Jules Chéret  Nice : Berthe Morisot à Nice   Un chef-d'oeuvre à soi



Paresseuse...oui!! Car je n'ai jamais trouvé le temps d'aller visiter  le nouveau Musée flambant neuf de Carpentras, enfin ouvert, occupée que j'étais en qualité de pourvoyeuse,  jardinière, cuisinière  et autres bonheurs estivaux.

Heureusement la parenthèse bienvenue dans les Alpes Maritimes a comblé cette lacune. Une matinée sur la délicieuse et calme plage d'Eze fut ainsi suivie d'une visite à la ravissante Villa Les Camélias, un de ces exquis musées hors des sentiers battus dont je raffole.

L'endroit est ravissant, villa " Riviera" au jardin enchanteur, et présente une collection locale amusante et non dénuée d'intérêt. Au premier étage, une exposition d'un américain qui a trouvé le Graal au pays de Cézanne en 1989, d'où le titre de l'expo.

Et en effet, le Maître l'a bien inspiré :

Mitchell Johnson, Sainte Victoire 1990

Mitchell Johnson, Vertical Meyreuil 1991




















J'apprécie moins ses paysages américains un peu raides, sauf peut-être celui-ci (en oubliant  le palmier un peu faiblard ) :

Mitchell Johnson, Presidio #10 2023


En continuant notre visite, nous trouvons la donation Ramiro Arrue, un peintre espagnol dont je n'avais jamais entendu parler, inégal mais excellent dessinateur :


le charme de ces petites salles...

Ramiro Arrue, Les commades
( commères ) de Ciboure 1917


Ramiro Arrue, Portrait de jeune femme

Ramiro Arrue, Elizaga
Je suis tombée sous le charme de ce portrait












                                et de ce paysage, un peu Sorolla




De retour à Nice, les affiches du Musée Chéret sont très alléchantes ...

...mais très frustrantes, en ce qui concerne le Monet, complètement dans le noir, c'est encore sur l'affiche qu'on le voit le mieux !



Monet, Monte-Carlo vu de Roquebrune,
impression 1883 Coll Prince de Monaco


En revanche, l'exposition Morisot...que dire de plus, j'en ai déjà tellement écrit sur le génie de cette femme, je n'ai plus d'adjectifs. Aussi je vous laisse vous extasier, sans plus de bla-bla :



Berthe Morisot, Le port de Nice
1889  Coll part


Berthe Morisot, Le port de Nice 1882  
Musée Marmottan-Monet

 



















Une exposition magnifique, avec pas mal d'oeuvres que je n'avais jamais vues, et tant de merveilleux dessins

Berthe Morisot, Villa Arnulphi 
1881/2  Fond Bemberg Toulouse

Berthe Morisot, Fillette au chien 
1886  Coll part

 
Berthe Morisot, Bateau illuminé
dit aussi La Namouna 1889  Coll part


Berthe Morisot, Julie à la mandoline avec
 des oranges et des fleurs de Nice 1889  Coll part

Berthe Morisot, La cueillette des
oranges à Cimiez 1889  Grasse

Berthe Morisot, détail de Sur le banc 
1893  Musée des Augustins Toulouse

Berthe Morisot, Sous l'oranger
1889  NAMA Kansas City

 
 

















                       Pour terminer, focus sur sa sublime levrette Laerte 


Et même, en prime, le petit portrait de la belle pas contente par le père Manet qui n'avait pas dit son dernier mot !

Manet, Portrait de Berthe Morisot
1868 NM Stockholm


Dans le couloir après l'enchantement, une série de ces peintres femmes dont le musée possède pas mal d'oeuvres intéressantes, Louise Breslau, Marie Bashkirtseff, Mary Cassatt et j'en passe.

Sur une énorme et présomptueuse composition, un petit détail nature morte très joli :

Vicomtesse Julie de la Bourdonnaye Cistello,
Sous les pommiers dit aussi Le thé à la campagne 
avant 1912

J'aime beaucoup le rayon de soleil derrière les capucines !  Retour à la bronzette...